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RSE : rapprocher l’entreprise et le vivant, un levier stratégique ?

Environnement
lundi 29 juin 2026
Par Marie Bardet-Crougnaud

Le Club Résolution se déroule tous les deux mois à Bordeaux, dans les locaux du groupe Sud Ouest. Crédits : L. G.

La biodiversité s'impose de plus en plus comme un pilier stratégique pour les entreprises. Loin d'être un simple coût, la préservation de la nature se transforme en un puissant vecteur de performance et d'adaptation au changement climatique.

Alors que les démarches de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ont longtemps privilégié la réduction de l'empreinte carbone, le monde économique fait face à un défi : intégrer la biodiversité au cœur de la création de valeur. Pour les entreprises de services comme pour les industriels, ignorer ce pilier expose désormais à des risques, qu'ils soient réglementaires, opérationnels ou d'image. À l'inverse, l'action concrète en faveur du vivant offre des retours sur investissement mesurables, tant pour la productivité des salariés que pour la gestion des actifs.

Du réseau technique au retour à la nature

Chez Orange, le lien avec le vivant se traduit d'abord par la gestion d'un important patrimoine. L'opérateur télécom possède près de 5.000 sites sur ses régions du Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie), allant des grands campus urbains aux minuscules locaux techniques. L'entreprise déploie ses réseaux, pose de la fibre ou installe des antennes, des opérations soumises à de strictes obligations et audits environnementaux. Le remplacement progressif du réseau cuivre par la fibre pousse Orange à désinvestir des milliers de sites techniques obsolètes.

Plutôt que de vendre l’ensemble de ces espaces parfois situés dans des zones naturelles ou sur le littoral, la direction RSE de l’entreprise a initié une démarche de valorisation écologique depuis 2023. L'entreprise a identifié 170 hectares propices à une restitution totale ou partielle à la nature. Nathalie Guiard, directrice RSE d'Orange pour la Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie : « L'objectif est d'avoir un impact positif sur la biodiversité. De désimperméabiliser, désartificialiser une partie de nos sites. »

Quand le foncier industriel intègre les standards écologiques

Le Port de Bordeaux, établissement public de l'État fort de 360 collaborateurs, gère de son côté une circonscription monumentale de 130.000 hectares, incluant l'estuaire de la Gironde. Son foncier terrestre s'étend sur près de 2.500 hectares, dont 1.400 hectares d'espaces naturels gérés. Si la biodiversité s'est d'abord ancrée dans ces zones humides il y a une vingtaine d'années, elle s'impose aujourd'hui dans l'aménagement des terminaux de commerce et des zones industrielles comme celle de Bassens.

L'institution intègre désormais la nature directement dans ses calendriers de maintenance et ses contrats commerciaux. Les services techniques respectent des périodes strictes pour ne pas perturber la nidification lors des travaux de débroussaillage printaniers. De plus, le Port impose des cahiers des charges rigoureux aux industriels qui s'implantent sur son domaine. Julien Mas, directeur Stratégie et Aménagement au Port de Bordeaux : « Au début, c'était une contrainte [...]. Aujourd'hui, c'est devenu un enjeu pour tout ce qui est entretien de ces espaces. »

Des co-bénéfices mesurables pour l'entreprise

Pour convaincre les directions financières et débloquer des budgets, les responsables RSE s'appuient de plus en plus sur la notion de co-bénéfices économiques, sanitaires et managériaux. La végétalisation des espaces professionnels devient par exemple un argument de poids pour favoriser le retour au bureau des salariés en télétravail depuis la crise sanitaire. Des études scientifiques mettent en avant le concept de biophilie (la proximité innée avec la végétation), « qui permettrait d'enregistrer jusqu'à 8% de gain de productivité chez les collaborateurs », souligne Nathalie Guiard.

Sur le plan financier pur, investir dans la nature s'apparente à une stratégie de gestion des risques à long terme. La désimperméabilisation des sols aide à prévenir les inondations coûteuses pour les infrastructures. Anne-Laure Deligné-Rochaud, consultante spécialiste de la biodiversité et dirigeante du cabinet ADR Solutions, rappelle un chiffre marquant pour illustrer cette valeur : « Aujourd'hui, une forêt de 500 hectares évite plus de deux millions d'euros à une entreprise en termes d'assurance. » Éviter les dommages plutôt que de les réparer dessine les contours d'une comptabilité nouvelle, où le capital nature soutient directement la performance globale.

Ces échanges se sont déroulés lors du dernier Club Résolution, organisé par Placéco en partenariat avec Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes.
Vous êtes référent RSE d'une entreprise ou d'une organisation ? Le prochain club Résolution se réunit le 15 septembre dans les locaux du groupe Sud Ouest, à Bordeaux. Le thème sera : Sens au travail, comment les responsables RSE peuvent-ils être vecteurs d'engagement interne ? Pour tout renseignement, c'est ici !

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