Comment Same transforme les invendus alimentaires en modèle résilient et solidaire
Chloé Amiel (à droite) est la fondatrice et dirigeante. Crédit : Same
Ce mois-ci, l'Observatoire des engagements RSE en Nouvelle-Aquitaine, en partenariat avec Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes, se penche sur le traiteur bordelais Same. Confrontée à des défis d’investissement, l’entité veut prouver que son modèle est viable et reproductible.
En avril 2025, lors du salon Résolution organisé à Bordeaux par Placéco, un arbre unique avait fait son apparition : celui des Résolutions. Le principe ? Les participants ont pu inscrire sur ses branches un engagement concret qu’ils comptaient prendre en matière de RSE, la responsabilité sociétale des entreprises. Depuis, il s’enracine et pollinise notre territoire. Ce mois-ci, focus sur Same, traiteur bordelais « anti-gaspi ». Sa fondatrice et dirigeante, Chloé Amiel, avait pris des engagements pour décarboner le transport et réduire l’usage de contenants jetables.
L'anti-gaspi au cœur de l'assiette
L’histoire de Same est née d'un doubler pari : combiner lutte contre le gaspillage alimentaire et retour pérenne à l’emploi. En partenariat avec la Banque alimentaire de Bordeaux, Same récupère les fruits et légumes trop abîmés pour être distribués lors de l'aide alimentaire classique, se positionnant ainsi comme le « dernier maillon de la chaîne ». Ces produits sont ensuite transformés en plateaux repas et buffets exclusivement végétariens, un choix délibéré pour limiter l’impact carbone des événements. L'activité s'adresse à 98% aux entreprises souhaitant renforcer leur démarche RSE, les particuliers ne représentant qu'une part marginale de la clientèle. Côté ressources humaines, Same privilégie une approche de proximité et d'accompagnement, où les décisions sont prises de manière commune avec le bureau de l'association. Le recrutement repose « sur la confiance et l'entente », explique la dirigeante, comme en témoigne l'arrivée récente d'une nouvelle collaboratrice suite au départ d'une salariée historique partie se former en pâtisserie.
Camions électriques et contenants : un défi d'investissement
Lors du salon Résolution au printemps 2025, Chloé Amiel s’était engagée à investir dans des camions électriques pour les livraisons ainsi que dans des contenants réutilisables. Un an plus tard, l'avancement de ces projets illustre la complexité du passage à l'échelle pour une structure de l'économie sociale et solidaire. Via une campagne de financement participatif, l'entreprise a réussi à lever un peu plus de 13.000 euros. Si ce montant témoigne d'un réel soutien de la part de la communauté, il s'avère insuffisant pour l'achat intégral d'une camionnette électrique. Face à cette contrainte budgétaire, la dirigeante ne cache pas ses hésitations : « C'était déjà un beau montant mais ça reste un poil faible sur l'investissement visé. »
Cette réalité financière pousse Same à revoir sa stratégie concernant la logistique. Plutôt que de s'endetter par un crédit bancaire, Chloé Amiel étudie une alternative sérieuse : l'externalisation complète. Elle a identifié un prestataire bordelais spécialisé dans la livraison alimentaire utilisant exclusivement des véhicules électriques. Une hésitation révélatrice des difficultés rencontrées par les petites structures : la nécessité de dégager de la marge, tout en veillant à la pérennité des postes créés à l’interne. De plus, la forte variabilité de l'activité - avec des mois parfois très calmes de l’aveu-même de la fondatrice - rend l'investissement dans un véhicule lourd difficile à rentabiliser pour le moment.
Vers une SCOP et un potentiel national
Malgré ces obstacles logistiques, les projets ne manquent pas pour 2026. L'objectif majeur reste la transformation de l'association en SCOP (Société coopérative et participative). Ce changement de statut, envisagé dès l’origine, vise à faire de Same une aventure collective où « l’entreprise appartient aux salariés ». Chloé Amiel attend toutefois de s'assurer que sa nouvelle recrue souhaite s'impliquer durablement dans ce projet avant de franchir le pas. Pour stabiliser son modèle économique, Same mise désormais sur les marchés publics. L'entreprise a récemment répondu à un appel d'offres de l'Université de Bordeaux et attend une consultation imminente de la part de Bordeaux Métropole. Ces contrats pourraient offrir la stabilité nécessaire pour, enfin, concrétiser l'achat de cette camionnette électrique si l'externalisation n'est pas retenue.
À terme, l’ambition de Chloé Amiel dépasse les frontières de la Gironde. Ayant déjà été contactée par une entrepreneuse en Charente, elle souhaite « prouver la viabilité et la reproductibilité » de son modèle afin qu'il puisse être dupliqué partout en France. Pour elle, transformer les invendus en solutions gourmandes doit devenir une « solution normale et intégrée partout ».
L'Arbre des Résolutions a été créé avec le soutien de la Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes.